LinkedIn, miroir aux vanités : l'injonction à la mise en récit de soi !

Pour exister et capter l'attention, il ne suffit plus d'être compétent ou expérimenté : il faut se raconter, se mettre en scène, transformer son parcours en récit captivant. Cette obligation tacite, qui semble être la clé du succès sur la plateforme, pose pourtant question. À force de prôner le « personal branding », ne sombrons-nous pas dans un narcissisme exacerbé ?
Je m'abonneAutrefois simple espace d'échange professionnel, LinkedIn est devenu un théâtre où chacun doit jouer le rôle de sa propre légende.
L'ère de l'auto-narration
Il ne suffit plus d'avoir un parcours solide ou des idées pertinentes : encore faut-il les raconter avec brio, dans un format digeste et inspirant. Les règles implicites du jeu sur LinkedIn dictent que l'on doit transformer chaque expérience en une leçon, chaque échec en tremplin, chaque réflexion en punchline. Comme si la vie professionnelle était un roman en construction permanente, où tout doit être scénarisé pour captiver un auditoire toujours plus sollicité.
Ce besoin impérieux de se raconter crée une pression supplémentaire, notamment pour ceux qui ne sont ni à l'aise avec l'exercice, ni enclins à se livrer publiquement. Tout le monde n'a pas le talent d'un storyteller, ni même l'envie d'examiner son parcours sous un prisme aussi introspectif. Pourtant, ceux qui s'abstiennent prennent le risque de devenir invisibles dans ce brouhaha digital où l'infobésité menace.
L'infobésité, conséquence directe de cette mise en scène de soi
L'effet pervers de cette injonction à la narration personnelle est évident : elle alimente une infobésité que tout le monde déplore. À force de chercher l'angle parfait, la phrase qui fera mouche, l'histoire qui suscitera l'émotion, on se retrouve avec un flot incessant de publications aux structures identiques, aux formules convenues, aux récits formatés. Une lassitude s'installe, une saturation cognitive se fait sentir. Paradoxalement, alors que chacun cherche à se démarquer, tout le monde finit par produire du contenu qui se ressemble.
Derrière cette surproduction de récits se cache aussi une standardisation du regard sur soi. On nous apprend à nous observer sous un prisme bien particulier : celui de la réussite, du dépassement de soi, de la résilience. Tout est bon pour générer de l'engagement, quitte à gommer les nuances, à lisser les aspérités, à simplifier la complexité des trajectoires. Le format impose ses codes et finit par dicter la manière dont nous nous percevons nous-mêmes.
Reprendre le contrôle de la parole professionnelle
Faut-il pour autant abandonner toute forme de communication sur LinkedIn ? Bien sûr que non. Mais il est peut-être temps de questionner cette mise en scène permanente et de réhabiliter des prises de parole plus sobres, plus authentiques, moins calibrées. Il est possible de partager son expertise sans céder à la dictature du storytelling inspirant, d'exister sans se transformer en personnage de fiction.
LinkedIn a vocation à être un espace d'échange, de partage d'idées, de mise en relation. Reprenons cette mission initiale et osons produire du contenu qui privilégie la valeur sur la mise en scène, la réflexion sur l'émotion facile, la pertinence sur la course aux réactions. Il est urgent de sortir de ce prisme narcissique pour redonner à la parole professionnelle sa véritable fonction : informer, questionner, faire avancer les débats. Se raconter, oui, mais pas à n'importe quel prix.
Yasmina Madafi accompagne les entreprises et les dirigeants dans leur stratégie de relations presse et de communication. Forte de plus de 25 ans d'expérience, elle a travaillé au sein d'agences reconnues avant de fonder La Nouvelle Agence, spécialisée dans la valorisation des marques et des expertises. Passionnée par les dynamiques médiatiques, Yasmina met son savoir-faire au service des entreprises pour les aider à accroître leur visibilité et à développer une image forte et cohérente.